Apologie du monarque

640px-Emmanuel_Macron_1-e1485766935775La présentation du programme de Macron, attendue, repoussée principalement pour éviter de perdre des électeurs, a finalement accouchée d’une souris. C’est une déception.

L’homme est ce qu’il est, ambitieux. Il se veut anti-système alors qu’il en est issue, et porte un dédain manifeste pour la démocratie militante à moins qu’elle ne se conforme aux exigences des élites possédantes. Ses connections avec la promotion Voltaire de l’ENA ont permis de l’amener au pouvoir rapidement.

Malgré cela nous devons du respect pour une démarche, qui semblait être de rationalisation d’un message social libéral renouvelé, cohérent, réaliste et ambitieux. Malgré l’esbroufe, il semblait y avoir dans son discours quelque chose de réel qui allait nous stimuler et nous tirer collectivement vers le haut. Que le PS se verrait opposer une alternative de centre-gauche qui inciterait ce parti à se renouveler.

A quelques semaines de l’élection, ayant fait campagne depuis un an, ce pamphlet mal ficelé nous est livré.

Plus vague que tous les programmes de l’extrême gauche ou droite, il est truffé de phraséologie, telle que: « nous donnerons la priorité à l’école primaire » ou « nous engagerons un effort national de formation sans précédent » ou encore « nous donnerons plus d’autonomie aux enseignants », suivi de promesses d’évaluation et de suivi – promesse non-définies, bien sûr, quand l’évaluation et le suivi des enseignants existent déjà. Pourraient-ils être meilleur? Bien, sûr, tout pourrait être mieux. Mais comment?

Il se targue d’un nombre de pseudo-réformes, comme la création d’un marché européen du numérique, l’union énergétique ou la lutte contre les arrangements entre états et entreprises (optimisation fiscale), qui ne correspondent pas à des compétences directes de l’état français et/ou existent déjà en partie. L’union énergétique en particulier est le fait de la commission européenne. Le marché européen du numérique est un développement en cours depuis plusieurs années et relève du parlement, ce grand absent du programme de Macron « l’européen », pour qui l’UE est une affaire de gouvernements et de grandes entreprises.

Il fait des promesses complètement incohérentes, comme celle de diviser par deux les jours de pollution atmosphérique, sans spécifier que la circulation automobile devra être réduite massivement pour y parvenir, ce qui reste très impopulaire aujourd’hui.

Il implique des mesures qui supposent la rupture d’engagements internationaux majeurs, comme celle de taxer les entreprises sur les bénéfices réalisés sur le sol français (traités UE), ou un mécanisme de contrôle des investissements étrangers en Europe (OMC). Encore une fois, ce sont des mesures qui doivent faire l’objet d’une concertation européenne entre partis de gauche, mais comment pourrait-il le proposer puisqu’il refuse de rejoindre le PSE, se prétendant « au dessus des partis »? Clairement, la démocratie version EM ne comporte pas beaucoup de travail parlementaire – il se propose d’ailleurs de réduire les députés et sénateurs d’un tiers, rendant leur accès plus difficile.

Plus inquiétant à notre niveau, rien n’est prévu pour les français à l’étranger. Avec un plan qui prévoit de se séparer de 120000 fonctionnaires, on ne peut que s’inquiéter de l’avenir des écoles françaises à l’étranger, de leur financement, ainsi que de l’avenir des consulats. C’est une tendance déjà entrevue alors qu’il était au gouvernement avec la fermeture de certains consulats. On a pu le voir également lorsqu’il a fallu se mobiliser pour assurer le détachement des enseignants dans les établissements scolaires de l’AEFE.

Mais le pire est l’hypocrisie de la supposée cohérence économique du programme: le candidat n’a d’autre attaque contre Benoit Hamon, candidat du Parti Socialiste et des écologistes,  que la nécessité de promouvoir la production de richesses. Or il aligne les promesses coûteuses: 100 € nets de plus par mois pour les ouvriers, allégements de cotisations, réduction du coût du travail, plan d’investissement de 50 Md, 10 Md pour l’industrie et l’innovation, 2% PIB de dépenses de défense, 80 000 logements nouveaux pour les jeunes, rénovation d’un million de logements mal isolés, le pass culture, ouverture des bibliothèques, emplois francs dans 200 quartiers difficiles, 100 € d’augmentation du minimum vieillesse, prise en charge des lunettes, 5 Md d’investissements pour la santé, doublement du nombre des maisons de santé, raccourcir les délais de jugements, exonération de la taxe d’habitation pour 80% des ménages (très inégalitaire, cette mesure accélèrera la paupérisation des communes les moins favorisées), 5 Md pour la transition agricole, 200 000 billets d’avions à prix aidés pour les ultra-marins etc, etc, etc…

Beaucoup de poignées de sesterces lancées à la foule, donc, dans l’espoir d’être acclamé empereur sans trop de questions ni d’examen démocratique.

Et comment M. Macron, avec sa soi-disant crédibilité économique compte-t-il financer tout cela? Il affirme en effet en conclusion que sa première priorité est de: « réduire les déficits ».

Le croiriez-vous? Il ressort l’argument archi-éculé du « nous allons faire des économies de fonctionnement ». Selon Emmanuel Macron, nous pouvons économiser 60 Milliard en « responsabilisant les ministres sur leurs objectifs de réduction des dépenses ». C’est incohérent. Et même si c’était vrai, 60 Milliard seraient largement insuffisant pour financer ses mesurettes.

Le paragraphe suivant est encore pire: « Nos baisses d’impôt (…) seront financées par nos économies », clame-t-il. Mais de quelles économies parle-t-il? Son programme n’en contient aucune.

À ceux tentés par En Marche qui lisent ceci, et que je respecte: j’en appelle à votre sens commun. Ce n’est pas par idéologie, mais par simple logique. Il est très clair que Emmanuel Macron n’a ni programme ni vision – du moins pour l’instant – et que son projet se résume à prendre le pouvoir.

Comment peut-on se rallier à un tacticien bien connecté au prétexte qu’il saurait faire la différence devant Marine Le Pen? Il ne faudrait donc plus voter par conviction mais cette fois encore voter par défaut? Quid de la foi en l’avenir, où sont passées vos convictions, votre énergie, votre passion?

Et plus encore: Macron ne fait pas barrage au FN, il fait son lit. Il le fait comme le font tous ces dépliants publicitaires qui cherchent à se faire passer pour des programmes politiques, et qui comme lui promeuvent le succès des entreprises au dépens des êtres humains qui les font vivre.

Alexis Lefranc, Militant FFE

Stéphane Mukkaden

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