Le programme Macron, un projet voué à l’échec?

FRANCE-POLITICS-GOVERNMENT

Après plusieurs mois de tergiversations, de propositions distillées ici et là, souvent pour proposer le contraire après quelques semaines, selon l’audience du moment (cf Notre-Dame-des-Landes), E. Macron a enfin sorti son programme. Quelle déception…

Sous un bel enrobage, il propose une série de mesurettes économiques qui ont déjà démontré leur inefficacité par le passé, et impacteront négativement les classe moyennes et populaires. Mr. Macron nous propose de donner plus aux plus fortunés de France, ce qui leur permettrait de réinvestir ensuite dans nos entreprises, TPE/PME/Start-up. C’est la fameuse théorie du ruissellement. Cette idée conçoit la richesse comme une source, qui se diviserait en multiple petites rigoles dans la société et ruissellerait jusqu’en bas, permettant à tous de profiter de la richesse créer en haut. Théorie d’influence libérale, elle suppute que plus les riches sont riches, moins les pauvres seraient pauvres. Explications.

D’abord les propositions:

Trois exemples :

  • “restreindre l’ISF aux biens immobiliers autres que la résidence principale”, sous entendu seuls les détenteurs de résidences secondaires seront assujettis à l’ISF : la majorité des milliardaires français étant des fortunes boursières, ils ne paieront plus l’ISF. De plus, les propriétaires d’immeubles de rapport n’auront qu’à loger leurs biens dans des sociétés par actions pour ne plus payer, eux non plus. Le candidat EM organise une fuite fiscale à l’ISF.
  • « améliorer le pouvoir d’achat de tous les travailleurs sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs. Nous réduirons les cotisations payées par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires: près de 500 euros supplémentaires nets par an pour un salaire de 2200 euros nets par mois ! »: la somme des cotisations annuelles représente 600 milliards d’euro. Cette argent est versé directement de votre salaire à la sécu, assurant son indépendance vis à vis de l’état et la pérennité du système. Il est mensonger de prétendre qu’il s’agit de 500 euros supplémentaires, quand il ne s’agit que d’un basculement entre le salaire indirect et le salaire direct. De plus, assécher les recettes de la sécu consiste à baisser les protections et les remboursements… qui ne pourront être compensés que via des assurances privées…Est-ce véritablement une hausse de niveau de vie ? Ou est-ce tout simplement de l’enrobage pour faire passer la privatisation de la sécurité sociale pour une augmentation des salaires ? Par ailleurs cette baisse sera compensée par une hausse de la CSG ce qui impactera principalement le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires.
  • “Unifier les système de retraite” par un alignement privé-public et la prise en compte des primes dans le calcul des retraites. Sous un enrobage de clichés, la mesure favorisera les cadres A de la fonction publique qui touchent le plus de primes au détriment des autres catégories, et particulièrement des enseignants. Macron candidat de la haute administration? 

Des mesures à la limite du punitif pour les plus faibles, sans compter un programme proche du néant pour l’écologie. Il fallait s’y attendre, l’historique de Macron en la matière ne plaide pas pour un quelconque intérêt pour le sujet.

Pourquoi se baser sur la théorie du ruissellement ne réglera pas les crises que subit notre économie?

La théorie du ruissellement est une sous-partie de la théorie de l’offre. A ce jour aucune étude n’en valide les supposés bénéfices. Les chercheurs de Harvard s’y sont attelés: ils ont étudiés la corrélation entre les baisses d’impôts pour les plus riches et la croissance dans 12 pays, dont la France, entre 1905 et l’an 2000. Avant 1960 aucun lien n’a été établi. Après 1960, où notre économie bascule dans un schéma consumériste, ils estiment qu’il existe une faible corrélation. Il faudrait cependant attendre 13 ans avant que les 90% les plus pauvres profitent du surplus de croissance liés à la baisse des taxes pour les 10% les plus riches. Le ruissellement prendrait donc 13 ans. Mais si au cours des 13 ans, une crise économique surgit, alors tout bénéfice disparaît. Nous opérons donc volontairement une augmentation des inégalités, dans l’espoir d’un improbable retour sur l’économie.

Une analyse plus récente établie par l’OCDE auprès des 35 pays les plus développés souligne également les limites de la théorie du ruissellement. L’étude montre que les inégalités de revenus sont à des niveaux historiques depuis 30 ans que les données existent. Plus intéressant encore, la légère reprise de croissance de ces 3 dernières années profiterait davantage aux ménages les plus aisés. Les 10% les plus riches ont vu leurs revenus augmentés de 2.3% récemment, et les moins aisés de 1,1% seulement. L’effet est moindre en France, où la politique du gouvernement a permis d’atténuer l’explosion des inégalités. Les impôts des plus riches ont été augmentés et les prestations sociales ont été revalorisées. Néanmoins la tendance reste la même. Les inégalités augmentent et la croissance renforce ces inégalités. Sur une plus longue période, en 30 ans, les 1% les plus riches ont capté 50% de la richesse aux Etats-Unis, 20% en GB et 10% en France.

« It’s like giving people aspirin when they have cancer. It might make them feel a little better, but it’s not going to cure them. »

Le constat est partagé par le Fond Monétaire International (FMI), qui n’est pourtant pas une institution “gauchiste”. Dans un rapport en 2015, elle écrit noir sur blanc: « Quand les riches sont plus riches, les bénéfices ne ruissellent pas et la croissance  est moindre que si l’on favorise les pauvres et les classes moyennes.» De fait, les riches ont une propension plus forte à épargner,voire pour certains, à placer cette épargne dans des paradis fiscaux, pour la souscrire au fisc, à la redistribution et donc au ruissellement.

La reprise économique qui s’opère en ce moment crée des emplois. Ils sont pour beaucoup précaires, et cela s’accompagne d’une modération salariale généralisée. En réponse, depuis quelques mois, le FMI et l’OCDE cherchent à pousser le concept d’inclusive gross, croissance inclusive. Le sujet a été abordé en conclusion du sommet du G20 en juin 2015. L’information ne semble pas être arrivée aux oreilles de Mr Macron…

Sources: 

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